Si l'EHESS veut tout simplement être une école où les étudiant-e-s peuvent réaliser leur recherche dans des conditions intellectuelles et matérielles décentes, elle doit changer radicalement son mode de fonctionnement et arrêter de perpétuer une relation paternaliste, mandarinale et suffisante avec les étudiant-e-s. Le rôle de représentant-e-s, qu'ils soient enseignant-e-s ou étudiant-e-s, est de porter des revendications et des exigences qui dépassent leur propre personne et c'est à cette seule condition que les discussions peuvent être riches et bénéfiques pour tous.

Une défiance permanente se manifeste à l'égard des étudiant-e-s: l'organisation d'une simple assemblée générale au moment du mouvement LRU, fait on ne peut plus banal et ordinaire dans une structure universitaire, est perçue comme une menace, une agression... L'occupation du 105 lors du mouvement anti-CPE a mis en avant l'immense décalage entre notre institution et la réalité sociale qu'elle prétend penser. Le débat sur le déménagement, opposant « nouvelle » et « vieille garde », se mène sans demander leur avis aux principaux concernés: les étudiant-e-s. Nous avons utilisé les différentes modalités d'expression et de discussion, de l'opposition frontale à la discussion cordiale, sans résultat.

Au cours de ces années nous avons mené plusieurs campagnes de consultation et de réflexion collective auprès des étudiant-e-s aussi bien sur la question du déménagement, des conditions matérielles de travail (la salle de travail est toujours une utopie!), de l’encadrement des doctorant-e-s. Le résultat de ces enquêtes est à la base de nos revendications et de nos interventions dans les conseils, et celles-ci ne sont pourtant que très rarement prises en compte. La direction n'a aucune connaissance des étudiant-e-s mais elle se permet trop souvent de les ignorer quand ils prennent la parole.

Depuis un an et demi on nous explique que les étudiant-e-s vont être au cœur de la future EHESS, ce qui n'est motivé que par le fait que les critères de réussite et d'insertion professionnelle vont être désormais un mode d'évaluation ministériel. Mais ce discours n'est qu'une rhétorique vide et n'a pas entraîné un changement de comportement vis à vis de ceux chargés de représenter les étudiant-e-s. Ainsi, lors de cette même réunion de l’école doctorale, la discussion autour de l’enquête sur le devenir des doctorant-e-s de l’EHESS ne s’est cantonnée qu’à un concours de la meilleure idée pour «bidouiller» les chiffres (chômage et précarité des doctorant-e-s, durée des thèses...) et ainsi montrer patte blanche au ministère. Et ce malgré nos efforts pour faire porter le débat sur les difficultés de réalisation des thèses et d’insertion professionnelle que cette enquête démontrait.

Face à ce constat d'échec global, nous préférons démissionner plutôt que de continuer à être de simples signatures sur un procès verbal – qui ne tient pas compte de nos paroles. Cet échec est finalement plus celui de l'EHESS que celui de quelques étudiant-e-s qui ont eu la mauvaise idée de vouloir penser l'intérêt commun.

Blaise Dufal, Dimitris Kousouris, Etienne Penissat, Marion Rabier, François Rivière