image Une révolution. Alors que le JT de France 2 traite habituellement les conflits sociaux avec dédain, de manière expéditive, l'édition d'hier soir a témoigné d'un étonnant retournement.

Au lieu de donner la parole aux «victimes», «prises en otage» par les grévistes, la caméra nous montrait de longues séquences d'un cortège joyeux et bigarré, s'attardant sur les visages souriants de manifestants pour une fois sympathiques. Plusieurs représentants de la CGT étaient interviewés respectueusement.

Plus surprenant: le téléspectateur découvrait, médusé, qu'un mouvement social pouvait être autre chose qu'une grogne instinctive, que celui-ci pouvait être motivé par de véritables problèmes, reposant sur une analyse des conditions économiques dont la rédaction nous restituait scrupuleusement le détail. Mieux encore: le représentant du gouvernement, invité sur le plateau pour s'expliquer, se faisait ni plus ni moins couper la parole par Pujadas, qui osait lui opposer de vrais arguments. Et si l'on n'échappait pas, in fine, au rituel micro-trottoir, celui-ci présentait des opinions contrastées, dont plusieurs visiblement en faveur de la protestation.

J'ignore ce qui explique cette soudaine considération pour les grévistes, mais choisir de consacrer pas moins de vingt minutes d'antenne à une manifestation qui n'a rassemblé qu'environ 3000 participants est incontestablement le signe d'une nouvelle attention à l'égard des mouvements sociaux et le témoignage d'une impartialité qui fait plaisir à voir.

MàJ, 10h50. Un commentateur me fait remarquer à juste titre que mon analyse est malheureusement faussée. Cette couverture si extensive, ce journalisme si attentif n'étaient motivés que par le corporatisme et la défense d'intérêts particuliers, puisque cette mobilisation était dédiée à la défense de la télévision de service public. Malgré ma déception, cette découverte confirme la justesse du traitement habituel des mouvements sociaux sur France 2, qui ne sont finalement que l'expression archaïque d'égoïsmes catégoriels.