Vendredi dérape sur Zemmour
Par André Gunthert, vendredi 28 novembre 2008 à 14:55 (12161 vues) :: Médias
Pour son n° 7, Vendredi, l'hebdo papier fabriqué en coupant-collant les blogs, nous fait assister à son premier dérapage. Dans son édito, Jacques Rosselin, qui tient à nous démontrer qu'il n'est pas de gauche, s'enorgueillit d'être le seul journal à donner la parole à Eric Zemmour pour lui permettre de se défendre des «attaques qui ont fusé sur le net suite à ses propos sur les races.»
Etait-il nécessaire de repasser le plat à l'abonné des plateaux télé, dont les avis encombrent les ondes? Fait par des journalistes, Vendredi a du mal à laisser la parole aux blogueurs. Dans l'échange, ceux-là n'ont même pas droit à l'équilibre jadis moqué par Godard («Cinq minutes pour les Juifs; cinq minutes pour les nazis»). Sous le titre "Zemmour crucifié...", quatre brefs extraits de 7 à 10 lignes se battent à armes inégales avec un vrai texte de 2500 signes, où l'humoriste médiatique s'en donne à coeur joie, ravi d'exhiber sa collection de blagues à deux balles («Jean Baudrillard avait relevé qu'il existait SOS Baleines et SOS Racisme: les premiers voulaient sauver les baleines; et les seconds les racistes»).
Pas sûr que ce soit lui rendre service que de lui tendre ainsi le crachoir. Si la sortie de Zemmour sur Arte pouvait encore passer pour une maladresse, son article ne laisse plus aucun doute sur ses convictions. Loin de moi l'idée de polémiquer avec l'inoubliable auteur du Premier sexe (Denoël, 2006), provocateur au petit pied qui se proclame sexiste, réactionnaire, "anti-droit-de-l'hommiste" – et maintenant raciste, pour le seul plaisir de passer pour un penseur habile sinon profond aux yeux de ses camarades du petit écran, médusés par tant de témérité. La seule chose qu'a bien compris cet intellectuel qui dit tout haut ce que le Front national pense tout bas, c'est comment fonctionne la machine médiatique. Nul doute que dans six mois, il fera un livre de ses jérémiades anti-web, en posant une fois de plus à la victime de la bien-pensance. Il y a des lecteurs pour ce genre de littérature.
Sont-ce les mêmes qui lisent Vendredi? Une chose est sûre: si c'est ainsi que Rosselin voit son journal, il se passera de mes services (un de mes billets récents a été repris dans le n° 5 de l'hebdo. J'ai refusé d'être payé pour cette citation). S'il doit servir à caricaturer l'avis des blogueurs pour offrir des tribunes supplémentaires aux habitués des talks-shows, cet organe a mal compris le rôle de la blogosphère – qui malgré tous ses défauts représente aujourd'hui un espace de critique indispensable pour contrebalancer l'étouffant conformisme de la médiasphère.
Post-Scriptum. Sur la question du racisme, je conseille la lecture de l'excellent billet de Palindromes (pas cité par Vendredi), qui explique avec talent que le concept de "race" n'a rien à voir avec la science – mais tout avec l'histoire. Ceux qui veulent aller plus loin peuvent lire par exemple le très bienvenu Du Racisme français (Les Arènes, 2007), par Odile Tobner.

Depuis un an et demi nous sommes représentant-e-s des étudiant-e-s à l'EHESS au Conseil de l'école doctorale. Nous consacrons une partie de notre temps et de notre énergie à essayer de faire valoir les droits et les intérêts des étudiant-e-s (en master et en thèse) dans cette institution. Surtout nous tentons de faire respecter la possibilité d'une autre parole que celle des directeur-ice-s de recherche et de faire admettre que l'avenir de l'EHESS n'est pas dans les batailles internes entre laboratoires mais dans le développement des meilleures conditions de recherche possibles pour les étudiant-e-s.
J'appelle "journalisme visuel", non la traduction en images d'une information (qu'exprime plus justement le terme "illustration"), mais au contraire une construction ou une organisation du récit sur la base d'une iconographie. Le récent épisode des "saboteurs de la SNCF" nous en offre un cas exemplaire. Après un emballement médiatique digne des pires tragédies, chaque jour qui passe rapproche d'un nouvel Outreau l'incarcération sans la moindre preuve matérielle d'un groupe d'alters.




Il y a dans chaque régime ce moment pathétique où le dirigeant perd pied avec le réel. Ce moment où tout lui échappe et où il préfère se réfugier dans la fiction de son règne. Ce moment vient d'arriver pour Nicolas Sarkozy. C'est l'historien officiel du régime, Claude Askolovitch, qui nous le révèle dans les colonnes de l'indispensable JDD. Dans un récit halluciné du G20, intitulé sans la moindre ironie: "