Mon premier démontage d'un APN m'a aussi permis de manipuler pour la première fois le coeur du dispositif, que je n'avais fait jusque là qu'entrevoir derrière le miroir relevé de mon reflex: le photocapteur. image Je note pour la petite histoire qu'un universitaire spécialiste de photo, ni ingénieur, ni photographe, a attendu 2008 pour voir "en vrai" le moteur de la transition numérique. Ce qui n'est pas sans importance, car en apercevant l'objet, on perçoit très clairement qu'il s'agit d'une surface sensible, dont la matérialité n'est pas si éloignée de celle du film. Minuscule bijou électronique, le photocapteur renvoie la lumière et crée des reflets chatoyants à la manière d'un prisme ou d'un miroir. Loin de la virtualité des pixels complaisamment décrite par les premiers théoriciens de l'image numérique, le capteur est un véritable outil optique, dont la beauté n'a rien à envier aux dispositifs concurrents.

Dans le cas du Fujifilm, je peux appuyer mon observation sur une pratique réelle de l'instrument, que j'ai utilisé entre 1999 et 2003. Alors que la machine annonce des images de 2,3 Mpx, soit un des meilleurs formats disponibles en 1999 pour un appareil compact, je me souviens ne l'avoir employé la plupart du temps qu'à une résolution inférieure, en 640 x 480 px. Pour une bonne raison: la prise de vue, l'enregistrement et l'affichage étaient trop lents à la résolution optimale. Revenir au format inférieur était le seul moyen d'obtenir une prise de vue suffisamment réactive. De toutes manières, je n'ai presque jamais utilisé cet appareil comme un véritable appareil photo – plutôt comme un bloc-notes visuel. Il m'a beaucoup servi pour garder la trace de documents consultés (voir par exemple cet article, illustré avec des images réalisées à la bibliothèque de l'université de Mannheim en janvier 2001). Mais presque jamais pour la photo familiale, pour laquelle je préférais utiliser mon compact argentique. Le défaut principal en termes de qualité d'image était le taux élevé de compression, générateur d'artefacts nettement visibles à l'oeil nu (voir album).

Avec tous mes remerciements à Pascal pour cette tranche d'archéologie visuelle. Et toutes mes excuses aussi: maintenant, il va marcher beaucoup moins bien, forcément...