Avantage incontestable de tenir un blog: celui d'avoir une vue sur les cuisines. Toujours à l'affut du chiffre qui fait boum, les blogs techno reprennent en coeur les évaluations du rapport annuel sur l'état de la blogosphère publié par Technorati, qui semble marquer un tassement: 1,5 millions de billets quotidiens publiés en 2007 contre seulement 900.000 en 2008. Il n'en faut pas plus aux Cassandre du web pour conclure au dégonflage de la bulle...

Sauf que, quand on a un blog, on sait très bien que Technorati n'est plus que l'ombre de lui-même. Ouvert en 2004, le premier moteur de recherche dédié aux blogs, basé sur un système déclaratif, a été une révolution à l'époque où Google ne savait pas encore indexer le web 2.0. Dès le départ, pourtant, son américanocentrisme a nui à son extension. En Europe, son usage est resté des plus limités, laissant la place à d'autres entreprises plus pointues, comme Wikio. Face à cette concurrence ou à celle de Google Blog Search, les sautes d'humeur de Technorati et sa baisse de pertinence depuis un an ont eu des effets mesurables.

Présent sur Technorati depuis 2005 avec 6 blogs déclarés, je n'ai jamais observé que ce moteur était une source de fréquentation intense. En 2007, sur 237.000 visites, seulement 239 provenaient de Technorati, soit 0,1% (données Google Analytics). Mais depuis le 1er janvier 2008, sur 228.000 visites, ce chiffre tombe à 110, c'est à dire environ la moitié – 267 fois moins que le portail Rezo.net (29.353), 24 fois moins qu'Arrêt sur images (2666), 16 fois moins que Wikio (1830), 5 fois moins que le blog Le Monolecte d'Agnès Maillard (513)... Pas brillant pour le soi-disant premier moteur de recherche des blogs. Autre expérience: j'ai pu augmenter de près de 40% mon "autorité" Technorati (le nombre de blogs pointant sur le mien) en prenant la peine d'indiquer manuellement au moteur les billets liés qu'il avait omis de compter. Devant une telle marge d'erreur, j'ai décidé cet été d'abandonner le renvoi au site, qui figurait auparavant dans ma sidebar. Avant de prendre pour argent comptant les chiffres du rapport, encore faut-il se demander si Technorati est encore en état de produire une mesure fiable de "la blogosphère" – ou bien si ce qu'il enregistre n'est pas tout simplement sa propre baisse d'audience.