image Deuxième double page: la pub. Ca faisait longtemps que je ne l'avais plus vue en aussi grand. Une pleine page de pub, dans un format comme celui-là, ça ne passe pas inaperçu. Pourquoi dit-on que les journaux ont des problèmes de ressources publicitaires? Il y en a tout de même beaucoup. Beaucoup plus en tout cas que sur mon navigateur, où elles sont filtrés par Adblock, éventuellement en petit dans un coin, voire tout à fait absentes quand je passe par les fils RSS. L'impression générale est que mon web est beaucoup plus adfree que ce support où la pub est partout (ou plutôt: ce n'est pas qu'elle est partout, c'est que là où elle est, elle est très visible, puisqu'elle est en couleurs, alors que le texte est lui dans ce gris à peine lisible).

image Troisième double-page: c'est beau quand même, un journal. Bel exercice de composition, avec la variété des typos, le jeu du noir et du rouge, appuyés sur le bloc-image dont le sujet reprend l'architecture en cascade. Et vérification par l'exemple de la thèse de Thierry Gervais: c'est en traitant le composite texte-image comme un élément graphique que s'invente la presse moderne. La double-page est d'abord une forme, un objet esthétique – pour le coup bien en avance sur l'espace étriqué de l'écran, où la composition s'appelle fouillis et où les images sont toujours trop petites. Une fois habitué aux caractéristiques des photos, à la fois désaturées et trop contrastées, c'est un vrai plaisir que d'en profiter en grand (très beau et très drôle portrait de Mélenchon, en page finale, par Stéphane Lavoué, que le droit d'auteur m'interdit de reproduire ici). L'objectivité, l'information, la démocratie – disent les journalistes. L'accroche visuelle, la séduction, le divertissement – répond le journal.

J'arrête là: au fur et à mesure, les habitudes reviennent, l'impression d'étrangeté s'estompe. Le temps d'arriver à Schneidermann (p. 37), la familiarité s'est presque réinstallée. C'est à ce moment précis que le ping de mon ordinateur retentit: la newsletter de Libé vient d'arriver sur mon mail. Il m'aura fallu cette petite expérience pour prendre conscience de la profondeur de la modification de mes habitudes de lecture. Et de leur caractère irréversible. Je n'imaginais pas qu'en achetant mon journal ce matin, j'allais m'offrir un tour au musée.

Lire aussi sur ce blog: