En 2002, une enquête de conservation a fait le point sur l'état des fonds photographiques. A ce moment, 98 dossiers contenant des photographies avaient été identifiés, dont 52 avaient fait l'objet d'un traitement fin en matière de conditionnement et de classement. Ils sont conservés depuis 2004 dans une réserve basse température. Mais il existe d'autres groupes de photos au sein des collections, qui n'ont pas encore fait l'objet d'un tel traitement. Aujourd'hui, sur environ 250 fonds de personnalités, les trois-quarts comprennent des photographies. Pour une collection qui ne vise pas spécifiquement à la conservation de cette archive, l'importance de cette proportion est une caractéristique surprenante et significative.

Allant des fonds de journaux illustrés (fonds "Jardin des modes") aux fonds d'artistes, peintres ou graphistes en passant par les archives d'hommes politiques encore en activité (fonds Jack Lang), les collections photographiques de l'IMEC sont très diverses. Parmi cet ensemble, le séminaire du Lhivic s'est concentré cette année sur les fonds d'auteurs. Compte tenu des missions de l'institut, il s'agissait de rechercher les traces de la participation du document photographique à l'élaboration de la figure de l'auteur et de son œuvre.

L'une des spécificités des fonds de l'IMEC est de panacher photographies de presse (image publique) et photographie familiale (image privée). On a pu constater que cette assocation ne se produit pas n'importe comment, mais qu'elle a une dimension historique. Il y a des temps de vie, un accès progressif à la notoriété, signifié par la présence de la photographie de presse. L'archive photographique apparaît comme l'un des lieux privilégiés pour observer la transformation de l'individu en personnage. Seule une archive d'origine familiale peut témoigner de la dimension historique et processuelle du portrait photographique. En raison des caractéristiques sociales de l'échantillon sélectionné par les collections de l'IMEC (des individus ayant accédé à la notoriété), ces fonds comportent un ensemble d'informations sans équivalent susceptibles de renouveler l'approche du portrait photographique et de ses usages.

Un autre résultat de recherche est le caractère très peu structuré de l'information au sein de l'archive photographique. Comparée à une correspondance, dont les règles sociales déterminent avec beaucoup d'efficacité les identifiants nécessaires, l'objet photographique semble curieusement inadapté. Parmi les fonds observés, le geste documentaire apparaît dans l'écrasante majorité des cas comme une reconstitution a posteriori, plutôt que comme un prolongement de l'opération photographique. Pour le dire vite, l'impression générale est que la photographie privée, au moment de sa production, est gérée à la manière d'un objet usuel de l'espace personnel, un peu comme un vêtement. Dans ce contexte initial, l'effort de documentation n'est pas produit, car il représente tout simplement un travail inutile et superflu. Le caractère d'archive prêté au document photographique correspond donc à une lecture seconde, qui suppose un travail d'interprétation à proprement parler archéologique, de plus en plus ardu au fur et à mesure de l'éloignement dans le temps. Un constat paradoxal face à la doxa de l'archive photographique, que seule l'appréhension directe des fonds était susceptible de remettre en question.