image Branle-bas de combat dans les réseaux militants sarkozistes, bien décidés à attaquer la Ségosphère sur son propre terrain. Les deux camps avaient eu jusqu'à présent une stratégie antagoniste. Alors que l'UMP préférait diffuser ses vidéos au sein de canaux protégés, dont les audiences n'étaient pas connues, comme NS-TV, le PS avait fait depuis le début de la campagne le choix de l'exposition sur des plates-formes publiques, plus conforme à l'esprit du web 2.0. Avec la vidéo "Sarkozy Human Bomb", repérée par le Vidéomètre du 28 avril, on assiste dans les derniers jours de la campagne à un retournement de stratégie radical.

Pour la première fois, sollicités par leurs réseaux, les militants UMP jouent la course à l'audience en territoire ouvert, sur Dailymotion – de façon un peu trop voyante il est vrai. Le Vidéomètre n'avait jamais enregistré une telle progression, pour ainsi dire instantanée. Un phénomène dont l'originalité n'a pas échappé à Versac, qui en proposait dès samedi un décryptage pertinent.

Contrairement à certains pseudo-spécialistes, nous ne nous hâterons pas de conclure au bidonnage. Ainsi que nous avons pu l'établir, il n'existe que deux façons de créer une audience forte pour les contenus en ligne. Dans un environnement fermé, c'est la viralité militante qui opère, grâce à l'efficacité de réseaux constamment entretenus et très réactifs. Dans un environnement ouvert, aucune vidéo ne peut atteindre rapidement un score important sans une mention par un média en ligne, ou le cas échéant par une mise en valeur sur les plates-formes elles-mêmes. En l'absence de toute citation par un grand média, "Sarkozy Human Bomb" fournit le premier exemple ouvertement revendiqué de l'application de la méthode de création d'audience militante en environnement ouvert, qui explique les caractéristiques très inhabituelles de sa progression, en taille et en vitesse.

Pour le camp sarkoziste, la nouveauté est donc bien dans le choix de la course à l'audience – un terrain sur lequel il ne s'était jamais situé jusqu'à présent, et où il se place délibérément en concurrence avec la Ségosphère. Il est évidemment assez drôle de constater, de la part de l'UMP, le recours à des méthodes qui avaient été reprochées au PC au début de la campagne. Qu'importe! C'est désormais l'urgence qui commande.