Suite au papier du Figaro, j'ai été questionné sur les a priori de mes remarques sur le rôle de Dailymotion dans la campagne présidentielle. Comme ces remarques s'appuient effectivement sur une thèse sous-jacente, il est peut-être utile de l'expliciter rapidement.

Je ne suis pas le seul à avoir constaté le caractère de plus en plus problématique des enquêtes d'opinion sous la forme de sondages. Auteur du remarquable L'Ivresse des sondages (La Découverte, 2006), Alain Garrigou a souligné l'amplification préoccupante des difficultés de méthode, comme l'augmentation du nombre de refus de réponses. Cette évolution s'inscrit dans la modification des comportements politiques de l'électorat, clairement perceptibles avec les scrutins de 2002 et 2005. Pour prendre un exemple symptomatique, l'attitude décrite par le terme "citoyen", très en vogue sur le net, se décline à l'opposé de la posture militante classique de la référence-révérence à un système donné. Il s'agit au contraire d'une élaboration autonome, supposée fonder une hyper-pertinence déductive et critique. Sans entrer dans le détail de la gamme de ces nouveaux comportements, il me semble qu'on peut les caractériser par une complexification du rapport au politique. Face à cette nouvelle donne, l'outil sondagier, qui a su décrire un état plus simple des relations de l'électorat à sa représentation, est aujourd'hui dépassé et inopérant. Comme il demeure la seule boussole à laquelle se réfèrent les grands médias, l'analyse politique de la campagne actuelle revient actuellement à foncer pied au plancher dans le noir.

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