Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Notes sur l'index (remake)

image Dans le dernier essai de l'ouvrage Le Photographique, consacré à l'émission d'Agnès Varda, "Une minute pour une image" (FR3, 1983), Rosalind Krauss notait la propension des spectateurs de photographies à en réduire le commentaire à la formule: "C'est..." – et concluait à la justesse de la thèse de Bourdieu: le jugement photographique le plus commun ne porte pas sur la valeur mais sur l'identité[1].

Dans l'émission de Varda, le commentaire était off. S'il avait été illustré, il y a fort à parier que Rosalind Krauss aurait pu y voir l'image du geste qui accompagne le "c'est...": l'index pointé. L'indicateur qui renvoie à la chose, le shifter par excellence, le "Ta, da ça" de Barthes – le même index que celui autour duquel est construit le fameux article "Notes sur l'index"[2]. Le même, sauf qu'elle ne le voit pas. L'indice de la sémiotique et le doigt de chair restent dans deux mondes séparés.

Hier après-midi, consultation du fonds privé chez les V... Alors qu'ils ne parlent que de l'oeuvre du père disparu, célèbre metteur en scène, alors qu'ils préparent une exposition sur ses portraits, autour de la table, où on été étalées les vieilles photos de famille, on ne discute que d'une chose: là, c'est tout à fait toi; là, c'est Jeanne – l'énigme des visages, la grande question de la ressemblance familiale. C'est ton père tout craché. Et on joint le geste à la parole, index pointé. A cet instant, comme chez Varda, il n'y a plus de photographie, plus d'interface, on est en direct. Pure transparence. Jeu des sept familles, qui veut le visage de papa? le sourire de maman? C'est tout moi. L'index est le doigt.

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"Photography and Remembrance"

In CAA Reviews, Martha Langford considers Geoffrey Batchen’s "Forget Me Not: Photography and Remembrance": Rumors of a tight relationship between photography and memory have been circulating since the nineteenth century, despite the many objections raised in both scholarly and fanciful works. A feature of these attacks is the prosecutor’s reluctance to produce evidence… We are led by unseen generic images – led, in effect, by our imaginations – to turn our eyes inward and imagine that we are remembering. In "Forget Me Not", Geoffrey Batchen does something different: he includes actual photographic images and considers their mnemonic function on the basis of what he—and we—can see.

By Jonathan Lackman, The Art History Newsletter, 08/01/2007.
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Soutenance de thèse "La mémoire du cinéma en France", par Christophe Gauthier

La thèse de doctorat d'histoire Une composition française. La mémoire du cinéma en France des origines à la Seconde guerre mondiale, présentée par Christophe Gauthier à l'université Paris 1, sera soutenue le lundi 15 janvier 2007 à partir de 14h à l'INHA, 2 rue Vivienne, 75002 Paris, salle René Jullian.

Jury: Pascal Ory (directeur de thèse, Paris 1), Christophe Prochasson (EHESS), Geneviève Sellier (université de Caen), Christian Delage (université de Paris 8-EHESS), Jean Gili (Paris 1), Jean-Marc Leveratto (université de Metz).

Diplômé de l'Ecole nationale des chartes, conservateur à la cinémathèque de Toulouse, Christophe Gauthier a notamment publié: La Passion du cinéma. Cinéphiles, ciné-clubs et salles spécialisées à Paris de 1920 à 1929, Paris, AFRHC/EDC, 1999.

Sortie d'"Africa Paradis" le 28 février

image Présenté fin 2006 à Paris, Amiens ou Bruxelles, le film Africa Paradis, de Sylvestre Amoussou, peinait à trouver des distributeurs en France. Sa sortie est désormais annoncée pour le 28 février prochain. Nul doute qu'il fera du bruit. Il repose sur une idée aussi simple que puissante: l'inversion des situations respectives des Européens et des Africains dans le rapport à l'immigration.

Synopsis: Dans un futur imaginaire, l’Afrique est entrée dans une ère de grande prospérité, tandis que l’Europe a sombré dans la misère et le sous-développement. Olivier, informaticien sans travail est prêt à tout pour en trouver, vit avec Pauline, institutrice elle aussi au chômage. Vu leur situation déplorable en France ils décident de tenter leur chance en Afrique où ils immigrent clandestinement. A peine arrivés, ils sont arrêtés par la police des frontières et incarcérés dans une résidence de transit, en attendant d’être renvoyés en France. Olivier parvient seul à s’échapper. Il commence alors une vie de clandestin, jusqu’au jour où il récupère les papiers et endosse l’identité d’un blanc tué dans un accident de voiture. Entre-temps , Pauline accepte un poste de bonne dans une famille bourgeoise africaine…

A en juger par la bande-annonce, qui vaut à elle seule le détour (sur Dailymotion, ou format Quicktime), l'absurdité ou la barbarie de situations auxquelles les Européens se sont accoutumés éclatent avec violence lorsqu'elles s'appliquent à des blancs (Via Rezo.net).

"Images of Hanging Make Hussein a Martyr to Many"

image In the week since Saddam Hussein was hanged in an execution steeped in sectarian overtones, his public image in the Arab world, formerly that of a convicted dictator, has undergone a resurgence of admiration and awe. On the streets, in newspapers and over the Internet, Mr. Hussein has emerged as a Sunni Arab hero who stood calm and composed as his Shiite executioners tormented and abused him. “No one will ever forget the way in which Saddam was executed,” President Hosni Mubarak of Egypt remarked in an interview with the Israeli newspaper Yediot Aharonot published Friday and distributed by the official Egyptian news agency. “They turned him into a martyr.”

By Hassan M. Fattah, New York Times, January 6, 2007.

La pétition contre la merchandisation des collections des musées français fait des vagues

image Les remous suscités par la pétition pour "le maintien de l’intégrité des collections des musées français", lancée par notre confrère La Tribune de l'Art et signée par près d'un millier de personnes, ont franchi l'Atlantique. Avant même la dépêche de l'AFP publiée jeudi dernier, le New York Times avait signalé dès le 1er janvier la mobilisation des historiens d'art français contre le prêt des oeuvres du Louvre à Atlanta et les projets de circulation des collections à Lens, Abou Dhabi ou Shanghaï. Les réactions antagonistes à cette initiative sur les blogs La Boîte à images et surtout Amateur d'art (et leurs commentaires) permettent de prendre connaissance de la plupart des arguments du débat. Ce matin encore, Le Figaro et Libération consacrent plusieurs pages à cette polémique. "Délocalisations", "clonage" ou "pétrodollars": l'examen des titres montre qu'elle doit son intensité à une forte composante fantasmatique. Plus encore que la crainte de la dilapidation des trésors nationaux, ce débat révèle la profonde inquiétude de nos sociétés face aux dérives de la mondialisation et de l'immixtion de l'économique dans les domaines non marchands.

Références:

Illustration: Fragonard, "Le verrou", huile sur toile, 73 x 93 cm, Paris, musée du Louvre (reproduction: RMN, D. Arnaudet, statut: domaine public).

"Nous sommes entrés dans le 4e âge"

Le blog et les blogueurs ont changé. Moi avec. Avec le recul, je dirais que la blogosphère entame sa quatrième vie.
Une intéressante tentative de périodisation de la blogosphère française, en quatre âges, par Cyrille de Lasterie (via Nues Blog).

Le CNL (n')abandonne (pas) les revues

En guise de voeux de bonne année, le centre national du Livre (CNL) vient de publier ses nouveaux critères d'attribution des aides aux revues. On s'attendait à une douche froide. C'est un plongeon dans des eaux glacées. Le CNL change fondamentalement les règles du jeu – a un point tel qu'on peut se demander si, après le CNRS, il n'a pas lui aussi décidé d'abandonner le secteur des revues à son triste sort.


Edit: L'appréciation ci-dessus vient d'être infirmée, grâce à André Chabin, d'Entrevues: Information prise, il s'agit - en partie - d'une fausse alerte qui résulte d'une erreur dans la mise en ligne des nouvelles dispositions d'aide. La traditionnelle aide au fonctionnement (avec des critères il est vrai plus restrictifs) est bien maintenue (même si elle a été "zappée" malencontreusement du site). L'aide au développement est donc un dispositif nouveau qui s'ajoute à la panoplie des subventions (source: liste revues_shs@cru.fr, 05/01/2007, 11h59). Réjouissons-nous avec lui de ce démenti. Le point de vue développé ci-dessous conserve sa pertinence comme critique du volet de l'aide au développement. Il porte également témoignage de la vigilance - voire de la méfiance - des éditeurs dans un contexte de perte de crédit des pouvoirs publics.


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Du cinéma dans les voeux

image Soyons clairs: personne n'écoute une déclaration officielle des voeux. A plus forte raison lorsqu'elle émane des candidats à la présidentielle. On sait bien, avant même qu'ils n'ouvrent la bouche, qu'ils ne (se) souhaitent vraiment qu'une seule chose. Aussi faut-il savoir gré à l'équipe de Ségolène Royal d'avoir apporté un petit supplément d'âme à cet exercice des plus convenus. Mettons côte à côte les vidéos des deux principaux prétendants à la fonction élyséenne: sur le plan visuel, la comparaison est cruelle. Pour Nicolas Sarkozy: ouverture par le logo de l'UMP sur fond de musique d'ascenseur, puis deux minutes quinze de plan fixe sur le candidat unique de la formation majoritaire, fond bleu délavé, logo incrusté, cravate à pois, costume gris, sous-titrage pour malentendants. Une présentation brejnévienne qui témoigne de l'imagination fiévreuse de l'équipe de campagne de la rue La Boétie. Même la prestation chiraquienne, elle aussi abonnée au plan fixe les yeux dans les yeux, était au moins égayée par la bizarre trouvaille de l'animation électronique bleu-blanc-rouge en fond d'écran (rappel involontaire du drapeau de Jacques-Henri Lartigue pour la photographie officielle de Valéry Giscard d'Estaing).

Côté Ségolène Royal, en revanche, deux caméras, l'une fixe, l'autre mobile, pas moins de treize plans en deux minutes, des zooms, des décadrages, pas de maquillage, éclairage ambiant: tous les signes extérieurs de la vidéo amateur - un peu trop lourdement soulignés. Mais aussi trois vraies trouvailles, où l'on quitte l'exercice propagandiste pour les coulisses du cinéma. La guirlande lumineuse, mais aussi l'incroyable col de fourrure synthétique, qui en décline les couleurs. Et puis, last but not least, la manifestation du dispositif, la caméra mobile qui laisse apercevoir un bout de la caméra fixe, une vidéo qui connaît son Godard. Un système qui avait déjà été testé lors d'un précédent message de la candidate, adressé aux blogueurs du PS. Plutôt que de reprendre sur internet les recettes de l'ORTF, l'équipe de campagne socialiste a compris que les usages du web restent marqués par une fracture générationnelle, et vise ici délibérément une cible jeune. On pourra trouver naïfs - ou, à l'inverse, cyniques - les clins d'oeils appuyés de la réalisation en direction du cinéma d'auteur. Mais il faudrait faire preuve de beaucoup de mauvaise foi pour contester l'originalité de son apport dans le genre des voeux officiels. Par sa recherche d'un naturel, fut-il codé, la séquence s'adresse à l'époque et cherche à parler son langage. Parmi ses bénéfices politiques, le moindre n'est pas de soviétiser définitivement les prestations concurrentes.

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