Compte rendu de "Où va la photographie africaine?", d'Erika Nimis
Par Jeanne Mercier, jeudi 29 juin 2006 à 09:09 (5662 vues) :: Colloques, conférences - Comptes rendus - Invités
L'historienne Erika Nimis (Université Laval, Québec) a donné le mercredi 7 juin une conférence à la Maison européenne de la photographie, 5 rue de Fourcy, 75004 Paris, dans le cadre des "Entretiens" organisés par la Société française de photographie. Sous le titre: "Où va la photographie africaine? État des lieux et enjeux", il s'agissait d'aborder la réception de la photographie africaine en Occident et voir en quoi elle fait obstacle à une écriture historique.
Introduisant sa présentation par une remarque sur le Musée du Quai Branly - inauguré il y a quelques jours -, Erika Nimis souligne cette volonté de la France de réaliser diverses manifestations autour d’un passé colonial encore mal digéré. Puis elle propose quelques tentatives de définitions. Qu’est-ce que la photographie africaine? Concrètement, nous pourrions la définir géographiquement: c’est la photographie produite par des Africains (c’est-à-dire nés et vivant en Afrique). Qu’est-ce que la photographie africaine contemporaine? Si pour un collectionneur et un marchand d’art, il s’agit du portrait de studio noir et blanc, dont le plus célèbre des représentants est Seydou Keïta. Pour un critique d’art contemporain, la photographie contemporaine africaine est celle de Mohamed Camara ou celle d’Yto Barrada, pour citer deux jeunes artistes visibles récemment dans deux lieux d’exposition parisiens.
Pour savoir où va la photographie, il faut d’abord savoir d’où elle vient. Erika Nimis remonte aux prémices de l’histoire de la photographie en Afrique, pour montrer comment celle-ci a été valorisée, avant la période «bamakoise». Dans une seconde partie portant sur le phénomène des rencontres de Bamako, elle tente de définir cette «photographie africaine» dont Seydou Keïta est le père, bien involontaire. Enfin, elle aborde les enjeux à la fois politiques et identitaires de cette photographie et elle revient sur la nécessité de trouver de nouveaux outils pour écrire l’histoire de la photographie en Afrique.
L’historienne revient sur l’histoire de la photographie africaine pour en abolir les frontières. Les premiers photographes africains, officiant dès la fin du XIXe siècle, étaient avant tout des photographes cosmopolites et ne sont pas différents de ceux qu’on désigne de nos jours comme les photographes de la diaspora. Pourtant, encore à la fin des années 1980, l’Afrique reste pour l’Occident le continent aveugle. Il semble que ce continent ne sorte de sa cécité qu’au début des années 1990. Le marché de l’art a fabriqué une photographie africaine qui répond d’abord aux intérêts des biennales internationales, des galeristes et des collectionneurs: une photographie africaine qui en dit long sur les visions occidentales toujours stéréotypées de l’art africain.