Compte rendu de l'édition 2005 "The Big Red One"
Par Martin Romerio, mercredi 3 mai 2006 à 07:12 (2406 vues, permalink, rss co) :: Comptes rendus
Samuel Fuller (dir.), The Big Red One (Au-delà de la gloire), USA, 1980, édition collector, 2 DVD, Warner Home Vidéo, 2005.
Une marque rouge: l’insigne de la Big Red One, la célèbre unité d’infanterie des États-Unis. C’est celui que portait Samuel Fuller pendant la Deuxième Guerre mondiale. Son parcours est désormais bien connu: en 1944, après avoir débarqué en Normandie, le voici arrivé au terme de son engagement contre le nazisme. En libérant le camp de Falkenau, en Tchécoslovaquie, il filme, avec la caméra que lui avait envoyé sa mère, la petite cérémonie organisée par l’armée américaine où les notables du village voisin sont obligés de porter les corps des déportés vers leur dernière sépulture. Le réalisateur attendra néanmoins l’année 1980 pour donner forme à ses souvenirs: récit autobiographique pour Fuller, film de guerre à l’ancienne pour les cinéphiles, Au-delà de la gloire, grâce à l’édition DVD, remet le film dans l’actualité d’un genre sensiblement renouvelé depuis.
Si, au moment de sa sortie, le film avait détonné par son classicisme, il bénéficie aujourd’hui de l’estime que les cinéastes du nouvel Hollywood portent à Fuller. Cet hommage aux survivants la guerre, qui n’était en rien compassé, s’inscrit pourtant dans le cadre un peu contraint de la commémoration, du collector posthume.
Absente du premier montage, c’est l’ajout de la séquence dite de l’amphithéâtre qui a permis de lancer l’édition DVD d’Au-delà de la gloire. 47 minutes supplémentaires annoncées. La pauvreté du matériel exhumé pour cette reconstruction étonne: simplicité apparente (plans généraux puis gros plans), unité de la prise de vues (plans séquences). Bryan McKenzie, qui a monté cette nouvelle version, affirme s’être maintenu au plus près des intentions du réalisateur. Or, la restauration ne s’est pas limitée au nettoyage de la pellicule et à sa numérisation. Il a fallu créer une bande sonore – la scène était muette, moderniser les bruits et les ambiances des combats en fonction des habitudes auditives contemporaines des spectateurs. Le résultat est surprenant: des Allemands qui tirent, de la fumée, une horde de cavaliers échappée d’un western qui traverse le champ de bataille, un tank dont nous voyons le canon et enfin, après de longues minutes de fusillades fractionnées et une explosion, une vue d’ensemble place le spectateur comme dans un amphithéâtre.
Quelle logique a présidé au rassemblement de ces morceaux épars? Si elle n’apparaît pas sur le strict plan narratif, elle s’impose dans la centralité du sergent, interprété par un Lee Marvin vieillissant, double du cinéaste, animé d’un regard paternel et distancié. Présent derrière son acteur, le cinéaste disparaît pourtant dans les bonus de l’édition DVD, où ses entretiens ont été coupés en petits segments.
Il reste que nous sommes dans le film comme dans l’amphithéâtre, nous battant aux côtés du sergent froid comme la mort et paradoxalement mélancolique. Une chose est sûre, notre sergent a survécu.
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