Emballements médiatiques autour des nouveaux usages de l'image
Par André Gunthert, dimanche 30 avril 2006 à 12:32 (4560 vues) :: En images - Médias
Deux faits divers récents témoignent d'un symptôme similaire: un effet d'emballement médiatique qui prend sa source dans les nouveaux usages de l'image. Le 12 avril, Joe Van Holsbeeck est poignardé par deux agresseurs dans le hall de la gare centrale de Bruxelles. Mais ce n'est qu'à partir de la diffusion par le parquet belge, le 21 avril, d'extraits des enregistrements de vidéosurveillance à fins d'identification (voir illustration), que cette affaire sera mentionnée dans la presse française. L'émotion suscitée est intense: le dimanche 23 avril, une marche organisée en hommage à la victime réunit 80.000 personnes à Bruxelles. Certains s'interrogent déjà sur la disproportion entre la cause et les effets. Dès le 25, les auteurs sont identifiés, et la justice demande le retrait ou le floutage des vidéos reproduites sur internet, car les suspects sont mineurs. Mais les images n'en continuent pas moins d'être reprises par les journaux télévisés, illustrant une chasse à l'homme qui se poursuit jusqu'au 27 avril. Selon Michel Weemans, chercheur au CEHTA, l'importance conférée par les médias à cette affaire comme sa surévaluation dans l'opinion publique sont dues essentiellement à l'existence et à la diffusion répétée des vidéos une semaine durant.

Les éditions du CNRS annoncent la parution de:
Le Victoria and Albert Museum de Londres a ouvert les portes de son exposition: "Modernism. Designing a new world" (du 6 avril au 27 juillet). Avec un ensemble de 267 pièces issues de près de 80 prêteurs du monde entier, une scénographie particulièrement réussie et un catalogue des plus complets, il s'agit sans conteste d'un des grands rendez-vous de l'année. Coordonnée par Christopher Wilk, conservateur du V&A spécialiste des arts appliqués, cette manifestation propose une vision du modernisme appuyée sur une thèse qui a le mérite de la clarté. Contrairement au cadre traditionnel défini par le critique d'art Clément Greenberg, qui en restreignait l'acception aux beaux-arts et à la littérature, en le caractérisant principalement par ses aspects auto-référentiels, l'exposition suggère de distinguer son principal moteur dans l'alliance des arts et de l'industrie, et le définit par son objectif politico-messianique de l'élaboration de "l'Homme nouveau". Une vision plus conforme à la pédagogie du Bauhaus qu'à la révolte de Dada, où les principaux héros ne sont plus Manet, Cézanne ou Picasso mais Duchamp, Le Corbusier et Rodtchenko.



L'Utopie Photographique: Regard sur la collection de la Société française de photographie (cat. exp.), textes de Michel Poivert, André Gunthert, Carole Troufléau, Paris, Le Point du Jour éditeur, 2004.